Ce test a été fait grâce à une version dématérialisée que j’ai acheté car Sony a préféré la Pa$$ion que la CULTURE.

Après avoir revisité Spider-Man à sa manière avec Marvel’s Spider-Man et Marvel’s Spider-Man 2, Insomniac Games s’attaque cette fois à un autre monument de Marvel, Wolverine. Et comme pour l’homme-araignée, le studio ne cherche évidemment pas à retranscrire directement une histoire précise des comics. Il s’en inspire, pioche dans plusieurs périodes et incarnations du personnage, récupère certains visages connus et construit finalement sa propre version de Logan. Et c’est probablement là que se situe à la fois la force et la faiblesse de ce Marvel’s Wolverine. Car oui, le personnage fonctionne. Oui, le jeu est spectaculaire. Oui, les combats sont violents et parfois franchement jouissifs. Mais derrière cette grosse production parfaitement huilée, on retrouve surtout une recette que Sony et ses studios maîtrisent désormais à la perfection, beaucoup de cinématiques, beaucoup de mise en scène, des environnements ultra détaillés et des phases de gameplay qui servent régulièrement de transition entre deux séquences spectaculaires. Et personnellement, je commence sérieusement à être lassé de cette formule.

Il faut commencer par mettre les choses au clair, Marvel’s Wolverine n’est pas une adaptation directe d’un comic en particulier. Insomniac Games fait avec Wolverine exactement ce qu’il avait fait avec Spider-Man, le studio prend les éléments fondamentaux du personnage, son histoire, ses ennemis, ses relations et son esthétique, puis mélange tout cela pour créer sa propre interprétation. On retrouve donc un Logan beaucoup plus jeune dans son parcours que certaines versions emblématiques du personnage, ainsi que plusieurs figures bien connues de l’univers Marvel. Insomniac va notamment puiser dans le passé violent de Wolverine et dans ses relations avec certains mutants pour construire une histoire originale. Et sur ce point, le studio connaît son sujet. Logan reste Logan. Un type solitaire, violent, profondément marqué par son passé et qui préfère généralement régler les problèmes avec ses griffes plutôt qu’en discutant pendant trois heures.

L’histoire nous place dans un monde où les mutants vivent cachés et sont traqués. Logan se retrouve notamment sur la piste de mutants capturés par les Reavers, une milice de mercenaires cybernétiques travaillant pour le milliardaire Bolivar Trask. Trask nourrit une véritable obsession pour la menace mutante et cherche à mettre la main sur ces derniers afin de poursuivre ses propres ambitions. Logan va alors retrouver la Team X, tout en croisant la route de Jean Grey, Mystique, Dents-de-Sabre et plusieurs autres figures emblématiques de l’univers X-Men. L’aventure va évidemment rapidement dépasser cette simple mission de sauvetage et ramener Logan face à son passé, à ses traumatismes et à certains de ses ennemis les plus emblématiques. Le tout nous emmène notamment du Canada à Madripoor, en passant par Tokyo, dans une aventure volontairement internationale. Sur le papier, l’histoire possède donc tous les ingrédients nécessaires, mutants, complots, expériences, souvenirs enfouis, rivalités personnelles et grosses bastons. Et globalement, ça fonctionne. Le problème n’est pas vraiment ce que raconte Marvel’s Wolverine. C’est surtout la manière dont Insomniac choisit de nous le raconter. Soyons honnêtes, Marvel’s Wolverine est un jeu popcorn. Et ce n’est pas forcément un problème en soi. Le problème, c’est que j’ai parfois davantage l’impression de regarder un blockbuster Marvel que de jouer à un jeu vidéo. Le jeu avance à toute vitesse. Une cinématique. Une phase de gameplay. Une cinématique. Une petite séquence d’exploration. Un combat. Une cinématique. Une course-poursuite. Une nouvelle cinématique. Et on recommence. Tout est extrêmement calibré. Les environnements sont magnifiques, les animations sont impressionnantes, les personnages sont particulièrement détaillés et la mise en scène envoie régulièrement du lourd. Mais tout est également extrêmement contrôlé. On avance dans des couloirs, on déclenche une séquence, on massacre quelques ennemis, on assiste à une cinématique et on repart. C’est efficace. Mais c’est justement cette efficacité qui finit par me poser problème. Je suis lassé de cette formule. Cela fait maintenant plusieurs années que les grosses productions PlayStation reposent énormément sur cette philosophie, proposer des expériences extrêmement cinématographiques, accessibles, spectaculaires et parfaitement rythmées. Mais à force, j’ai envie d’autre chose. Parce que c’est bien beau de faire des jeux magnifiques, avec des personnages qui ont des expressions faciales de plus en plus réalistes et des scènes d’action dignes du cinéma hollywoodien. Mais un jeu vidéo, c’est avant tout du gameplay. Je veux jouer BORDEL DE MERDE ! Je ne veux pas passer une partie de mon temps à regarder mon personnage faire des choses à ma place.

C’est probablement là que ma frustration est la plus importante. Parce que personnellement, j’aurais préféré un jeu en monde ouvert à la Days Gone. Imaginez un Logan parcourant le monde à moto, seul, sans véritable destination. Une immense carte avec des routes, des forêts, des montagnes, des zones sauvages et de petites villes sur son passage. Logan arrive dans une petite ville. Il gare sa moto. Il descend. Et là, on retrouve les fameuses phases à pied, exploration, rencontres, combats, missions secondaires, habitants, ennemis, petites histoires locales… Puis il repart. Tout simplement. Et surtout, cela aurait permis de faire quelque chose que le jeu actuel aborde, mais ne montre finalement pas suffisamment, la solitude de Logan. Parce que Wolverine est un personnage profondément solitaire. Il fuit les autres. Il voyage. Il change régulièrement d’endroit. Il cherche parfois simplement à être tranquille, loin des conflits, loin des mutants, loin des X-Men et loin de son propre passé. Et je trouve que cette dimension est finalement assez peu exploitée dans Marvel’s Wolverine. On nous parle de la solitude de Logan. On comprend qu’il est isolé et qu’il porte énormément de choses sur ses épaules. Mais dans un jeu aussi linéaire, où l’on passe finalement très rapidement d’une situation à une autre, on ne ressent pas vraiment cette solitude. Un monde ouvert aurait pu changer complètement la perception du personnage. Imaginez simplement rouler pendant plusieurs minutes sur une route déserte, avec Logan et sa moto, sans dialogue, sans cinématique, juste le bruit du moteur et les paysages qui défilent. Puis arriver dans une petite ville paumée. S’arrêter dans un bar. Croiser quelques types qui cherchent les emmerdes. Ou simplement repartir. Ce genre de moments aurait pu donner une véritable identité au jeu. Et surtout, cela aurait permis de faire vivre Logan plutôt que de simplement raconter son histoire. Je ne demande même pas forcément un monde ouvert gigantesque rempli de 150 activités secondaires à la Ubisoft. Au contraire. Un monde ouvert plus compact, plus sauvage, avec de grandes portions de nature et quelques petites villes aurait parfaitement collé au personnage. Days Gone avait justement cette capacité à faire du déplacement une partie intégrante de l’aventure. Et j’aurais adoré retrouver cette philosophie avec Wolverine. Une moto, une grande route, quelques villes, des rencontres, des combats et Logan qui repart seul. Ça, pour moi, aurait été une bien meilleure manière de retranscrire sa solitude.

Et heureusement, lorsque le jeu nous laisse réellement jouer, Marvel’s Wolverine sait parfaitement pourquoi nous sommes là. Le studio a clairement voulu faire de Wolverine une véritable machine à massacrer. Et le résultat est particulièrement brutal. Logan frappe, tranche, démembre, empale et projette ses adversaires dans tous les sens. Le sang gicle, les ennemis prennent cher et l’ensemble donne enfin l’impression de jouer avec un personnage qui possède des griffes en adamantium. Le système de combat repose énormément sur l’agressivité. Wolverine doit aller au contact, enchaîner ses attaques, utiliser ses différentes techniques et exploiter sa rage pour devenir encore plus dangereux. Et les premières heures sont franchement jouissives. Il y a quelque chose de très satisfaisant à foncer dans un groupe d’ennemis, sortir les griffes et transformer la pièce en boucherie. Enfin un Wolverine qui ne se contente pas de mettre des petites claques à ses adversaires. Le problème, c’est qu’après plusieurs heures, la formule montre rapidement ses limites. Parce que derrière toute cette violence, le gameplay reste finalement assez répétitif. On comprend rapidement comment fonctionnent les affrontements et, une fois que l’effet « putain, je joue à Wolverine » commence à disparaître, on se retrouve avec un système qui manque parfois de profondeur. Les développeurs ont ajouté différentes techniques, améliorations et capacités afin d’enrichir progressivement les possibilités de Logan. Mais personnellement, j’aurais aimé que le système de combat aille beaucoup plus loin. Wolverine est un personnage qui offre énormément de possibilités. Ses griffes, son facteur guérisseur, sa force, ses sens, sa rage, son expérience du combat, son côté complètement suicidaire lorsqu’il fonce dans le tas. Il y avait matière à créer quelque chose de beaucoup plus profond. Et c’est justement là que je trouve le jeu frustrant. Parce que lorsqu’il fonctionne, il fonctionne vraiment bien. Mais il aurait pu être encore meilleur. Autre problème que j’ai rencontré, la caméra. Et je pense que cela vient directement du fait qu’elle est beaucoup trop proche de Logan. Lorsqu’on se retrouve au milieu de plusieurs ennemis, avec les effets visuels, les projections de sang, les animations et les déplacements rapides du personnage, la lisibilité peut rapidement devenir problématique. On perd parfois de vue ce qui se passe autour de nous. Et ce n’est pas simplement une question de confort. Dans un jeu où les affrontements demandent de réagir rapidement, une caméra trop proche peut directement nuire au gameplay. J’aurais clairement préféré une caméra légèrement plus éloignée afin d’avoir une meilleure vision de l’espace autour de Wolverine. Du côté du personnage principal, Liam McIntyre colle plutôt bien à Logan. Sa voix et son interprétation fonctionnent et Insomniac semble avoir cherché à retrouver cette personnalité de type bourru, solitaire et peu bavard. Mais là encore, j’ai une petite réserve. Il manque quelque chose. Pour moi, Wolverine doit être une bête. Un mec constamment à deux doigts de péter un câble. Un type grognon, violent, sauvage, qui n’hésite pas à foncer tête baissée parce qu’il sait que son facteur guérisseur lui permettra probablement de survivre. Et j’aurais aimé qu’Insomniac pousse encore davantage cet aspect. Encore plus de rage, encore plus de sauvagerie, encore plus de brutalité. Après tout, on parle de Wolverine. Et petite remarque purement personnelle, l’interprétation visuelle fonctionne, mais dans ma représentation du personnage, Logan reste brun, pas châtain. C’est un détail, évidemment, mais lorsque l’on connaît un personnage depuis des années, ce genre de choses saute forcément aux yeux.

Il serait cependant malhonnête de réduire Marvel’s Wolverine à ses défauts. Techniquement, le jeu est impressionnant. Insomniac maîtrise parfaitement la PlayStation 5 et sait construire des environnements extrêmement détaillés. Le jeu nous fait voyager dans plusieurs régions du monde, avec notamment les paysages canadiens, Tokyo et Madripoor. Les animations de Wolverine sont particulièrement réussies. Les coups de griffes ont du poids, les impacts sont violents, les ennemis réagissent aux attaques. Et visuellement, le sang et les dégâts contribuent énormément au sentiment de puissance. C’est probablement l’un des jeux les plus réussis lorsqu’il s’agit de retranscrire la sensation d’être Wolverine. Mais encore une fois, la technique ne peut pas remplacer le gameplay. Et c’est finalement ici que mon principal reproche apparaît. Marvel’s Wolverine n’est pas un mauvais jeu. Mais il représente exactement ce qui commence à me fatiguer dans certaines grosses productions Sony. On prend une réalisation exceptionnelle ; une histoire très présente ; des personnages extrêmement travaillés ; des cinématiques spectaculaires ; des combats accessibles ; une progression parfaitement balisée ; des environnements magnifiques ; puis on met tout ça dans une aventure extrêmement linéaire. Et ça donne un produit extrêmement propre. Mais aussi extrêmement prévisible. Le problème est que je ne cherche plus forcément ça dans un jeu vidéo. Je veux davantage de liberté. Je veux davantage de gameplay. Je veux que le jeu me laisse expérimenter. Je veux avoir cette sensation que c’est moi qui contrôle l’aventure, plutôt que de simplement avancer jusqu’à la prochaine scène spectaculaire. Et surtout, avec Wolverine, il y avait une occasion en or de faire quelque chose de différent. Un jeu où l’on aurait pu ressentir son isolement, parcourir de longues routes à moto, traverser des paysages sauvages, s’arrêter dans de petites villes et repartir quand bon lui semble. Un jeu où la solitude de Logan aurait été vécue par le joueur, et pas seulement racontée par le scénario.

Marvel’s Wolverine est un blockbuster vidéoludique dans toute sa splendeur. Et probablement même un peu trop. Insomniac Games connaît parfaitement les codes du jeu d’action moderne et livre une aventure spectaculaire, extrêmement bien réalisée et particulièrement fidèle à l’image que l’on peut se faire d’un Wolverine violent et badass. Le problème, c’est qu’une fois passé l’émerveillement des premières heures, les limites apparaissent. Le gameplay devient répétitif, la caméra trop proche peut parfois nuire à la lisibilité, l’aventure est extrêmement dirigiste, les phases de gameplay sont régulièrement entrecoupées de cinématiques. Et surtout, j’ai parfois eu l’impression de regarder un film plutôt que de jouer à un jeu vidéo. C’est d’autant plus dommage que Wolverine était probablement l’un des personnages Marvel les plus intéressants à adapter en jeu. Il y avait matière à faire quelque chose de beaucoup plus sauvage, plus profond et surtout plus libre. Je ne demande pas forcément un monde ouvert gigantesque. Je demande simplement qu’on me laisse jouer davantage. Parce qu’au fond, c’est peut-être ça mon principal problème avec Marvel’s Wolverine, Insomniac a parfaitement compris comment faire un excellent blockbuster Marvel. J’aurais simplement aimé qu’ils cherchent davantage à faire un excellent jeu vidéo Wolverine.

Les Plus :

  • Un Wolverine brutal et particulièrement jouissif
  • Des combats sanglants
  • Une excellente réalisation
  • Des animations impressionnantes
  • Un casting qui fonctionne
  • Une vraie volonté de respecter l’esprit du personnage
  • Des références aux différentes incarnations de Wolverine

Les Moins :

  • Une aventure beaucoup trop dirigiste
  • Des phases de gameplay parfois trop courtes
  • Beaucoup trop de cinématiques
  • Une formule Sony qui commence à montrer ses limites
  • Une répétitivité qui s’installe rapidement
  • Une caméra beaucoup trop proche
  • Un gameplay qui manque parfois de profondeur
  • Un Wolverine qui aurait mérité d’être encore plus sauvage
  • Une solitude de Logan finalement plus racontée que réellement vécue

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