
Ce test a été fait grâce à une version physique que j’ai acheté.
Il y a des jeux que l’on teste avec une manette entre les mains. Et puis il y a ceux que l’on teste avec près de trente ans d’histoire sur les épaules. The Legend of Zelda: Ocarina of Time fait évidemment partie de la deuxième catégorie. Sorti le 21 novembre 1998 au Japon sur Nintendo 64, le titre de Nintendo a marqué un véritable tournant dans l’histoire du jeu vidéo. Passer Zelda de la 2D à la 3D n’était pas une mince affaire. Pourtant, Nintendo avait réussi à transformer son aventure en un gigantesque terrain d’expérimentation, avec son système de verrouillage de cible, ses donjons, son exploration, ses voyages dans le temps et cette sensation, absolument incroyable à l’époque, de découvrir Hyrule en trois dimensions. Je dois toutefois faire une confession. Je n’ai jamais terminé Ocarina of Time sur Nintendo 64. Je n’avais pas de Nintendo 64 étant plus jeune. J’étais plutôt du côté de la PlayStation. J’avais tout de même pu mettre les mains sur le jeu chez un ami et découvrir quelques heures de cette aventure qui faisait fantasmer toute une génération de joueurs. J’ai ensuite rattrapé mon retard sur GameCube. Puis sur Nintendo 3DS. Et me voilà aujourd’hui, en 2026, avec cette nouvelle version Switch 2 entre les mains. Une version que Nintendo présente comme une véritable renaissance de son classique. Et il faut reconnaître une chose, sur le papier, le projet avait tout pour être passionnant. Mais après avoir parcouru Hyrule une nouvelle fois, mon constat est finalement assez différent de ce que l’on pourrait imaginer. Car oui, Ocarina of Time reste un immense jeu. Mais en 2026, il est aussi devenu particulièrement facile de voir tout ce qui a vieilli.





Difficile de raconter Ocarina of Time sans avoir l’impression de réciter l’histoire du jeu vidéo. Link est un jeune Kokiri qui vit dans la forêt avec les autres enfants de son peuple. Contrairement aux autres, il ne possède pourtant pas de fée. Jusqu’au jour où Navi vient le chercher. Son aventure va rapidement le conduire hors de la forêt et jusque dans les terres d’Hyrule, où il découvrira la menace représentée par Ganondorf, la Triforce et surtout un mystérieux instrument capable de manipuler le temps. Ocarina of Time reste une aventure extrêmement efficace dans sa construction. Le jeu nous fait traverser deux périodes de la vie de Link, nous fait découvrir un Hyrule radicalement différent selon l’époque et nous emmène dans une succession de donjons toujours aussi mémorables. Et malgré les années, la structure générale fonctionne encore remarquablement bien. C’est probablement même la plus grande force de ce remake.
Nintendo n’a pas cherché à réinventer Ocarina of Time. Le studio a décidé de le reconstruire. Et cette nuance est importante.






Si vous avez déjà terminé Ocarina of Time, vous allez rapidement avoir une sensation étrange. Celle d’être chez vous. Tout est à sa place. Les villages. Les donjons. Les objets. Les boss. Les événements. Les énigmes. Les grandes étapes de l’aventure. Nintendo a conservé la structure originale presque intégralement, tout en modernisant certains éléments de gameplay et en ajoutant quelques petites nouveautés. C’est à la fois sa plus grande qualité…et probablement sa plus grande faiblesse. Parce qu’en 2026, Ocarina of Time accuse forcément son âge. Il suffit de comparer sa construction à celle d’un Breath of the Wild ou d’un Tears of the Kingdom pour comprendre le fossé qui sépare les deux générations. Ici, tout est beaucoup plus cadré. Vous avancez. Vous obtenez un objet. Vous débloquez une zone. Vous faites un donjon. Vous battez un boss. Vous recommencez. Et si cette formule était révolutionnaire en 1998, elle apparaît aujourd’hui beaucoup plus classique. Pire encore, le jeu est incroyablement facile. J’ai littéralement roulé sur Ocarina of Time de A à Z. Les ennemis ne représentent presque jamais une véritable menace. Les combats sont rarement stressants et, une fois que l’on connaît déjà les mécanismes du jeu, les énigmes ne résistent pas bien longtemps. Ce problème est d’autant plus visible pour quelqu’un qui connaît déjà le jeu. Et malheureusement, cette nouvelle version ne propose pas de véritable mode de difficulté supérieur. En 2026, c’est quand même dommage.






C’est probablement le point sur lequel je vais être le plus sévère.
Parce que techniquement, ce remake est très réussi. Mais artistiquement… C’est une autre histoire. Et je pense que la direction artistique de cette version sera extrêmement clivante. Personnellement, je n’adhère pas. Pas du tout. Nintendo a choisi une esthétique assez particulière, avec des personnages qui adoptent parfois un aspect presque «poupée» et des environnements beaucoup plus détaillés que ceux de la version originale. Le problème, c’est que je trouve l’ensemble assez générique. Et parfois même franchement moche. Oui, je sais. Dire ça d’un nouveau Zelda Nintendo en 2026 peut sembler presque hérétique. Mais c’est mon ressenti. Le jeu manque, selon moi, de cette identité artistique immédiatement reconnaissable que possèdent certains autres épisodes. Quand je pense aux directions artistiques qui m’ont véritablement fait rêver dans Zelda, je pense immédiatement à Wind Waker, Skyward Sword ou encore Breath of the Wild. Des univers colorés. Des silhouettes fortes. Des couleurs qui explosent à l’écran. Une véritable identité. Une direction artistique qui donne envie de simplement se promener. Ici, j’ai beaucoup moins cette sensation. Ocarina of Time Switch 2 est beau. Mais il ne me fait pas rêver. Et pour un Zelda, c’est un problème.






Il y a d’ailleurs un endroit qui illustre parfaitement ce problème, la plaine d’Hyrule. En 1998, cette immense étendue avait quelque chose de gigantesque. Aujourd’hui ? Elle donne parfois surtout l’impression d’être…vide. Très vide. On traverse de grandes distances avec finalement assez peu de choses à découvrir. Et cela donne une sensation assez étrange lorsqu’on vient directement de jeux comme Breath of the Wild ou Tears of the Kingdom. Ces derniers ont transformé l’exploration en véritable activité. Chaque colline pouvait cacher quelque chose. Chaque détour pouvait devenir une découverte. Dans Ocarina of Time, la plaine reste principalement un espace de transition. Et même avec la refonte graphique, cette sensation demeure. C’est probablement l’un des meilleurs exemples de la manière dont le level design de 1998 peut aujourd’hui paraître daté.







Autre problème, les personnages secondaires. Et là encore, c’est très subjectif, mais je trouve une grande partie du character design franchement ratée. Certains personnages fonctionnent très bien. D’autres beaucoup moins. Certains ont même un aspect qui me sort complètement de l’aventure. Ce qui est assez ironique lorsque l’on sait que Nintendo a justement énormément travaillé sur les personnages pour cette nouvelle version. Le studio a notamment enrichi certains dialogues et donné davantage de vie aux habitants d’Hyrule. Mais davantage de dialogues ne suffit pas forcément à rendre un personnage intéressant. Et c’est précisément là que je trouve que le remake aurait pu aller beaucoup plus loin.






Nintendo a également voulu moderniser le gameplay. Et sur le papier, c’est évidemment une excellente idée. Link peut désormais sauter en appuyant sur un bouton, alors qu’avant c’était automatisé. La caméra est plus libre. Les déplacements sont plus modernes. La course est plus rapide. Bref, Nintendo a essayé de rapprocher Ocarina of Time des standards actuels. Mais il y a un problème. Le mapping des boutons. Et notamment cette association entre le saut et la course. Le saut avec X et la nécessité de maintenir A pour courir rapidement posent un vrai problème lorsqu’on veut simultanément gérer la caméra. Dans une ligne droite ? Pas de problème. Mais dès que l’on veut courir tout en orientant correctement la caméra, la disposition devient franchement peu naturelle. On sent que Nintendo a voulu moderniser un jeu dont les fondations reposent toujours sur une structure pensée pour une manette de 1998. Et parfois, ça fonctionne. Parfois… Ça fonctionne beaucoup moins bien. C’est particulièrement frustrant parce que la caméra libre est, elle, une excellente évolution.



Et il faut être juste. Parce que si je peux être critique concernant la direction artistique, je ne peux pas faire le même reproche au travail technique. Le jeu tourne parfaitement. La fluidité est excellente et le remake profite pleinement de la puissance de la Nintendo Switch 2. Les environnements ont été entièrement reconstruits, les animations sont modernisées et le rendu général n’a évidemment plus rien à voir avec le jeu Nintendo 64. Nintendo revendique d’ailleurs une reconstruction complète des visuels et une refonte des contrôles. Et surtout…ça reste extrêmement agréable à jouer.
Même si je critique certains choix de gameplay, il faut reconnaître que cette version est aujourd’hui la plus confortable pour découvrir Ocarina of Time. Et c’est justement là que ce remake devient intéressant.

S’il y a bien un domaine dans lequel Nintendo ne s’est pas raté, c’est la musique. La bande-son d’Ocarina of Time était déjà exceptionnelle. Cette nouvelle réorchestration lui donne une nouvelle dimension. Les thèmes gagnent en ampleur, en profondeur et en puissance.
Certaines musiques donnent véritablement envie de s’arrêter quelques secondes simplement pour les écouter. Et dans un jeu où la musique possède une importance aussi centrale, c’est évidemment essentiel. La réorchestration est magnifique.
C’est probablement l’un des éléments qui m’a le plus convaincu dans ce remake. Et c’est aussi l’une des raisons pour lesquelles je considère cette version comme la meilleure manière de découvrir Ocarina of Time aujourd’hui.

Autre nouveauté majeure, les voix. Oui, Ocarina of Time possède désormais un doublage français dans ses cinématiques. Et il faut reconnaître que c’est très agréable. Nintendo a également enregistré des cinématiques entièrement doublées et enrichi certains dialogues. Le problème ? Il n’y en a pas assez. Et c’est là que je trouve le choix de Nintendo assez incompréhensible. On découvre parfois de jolies cinématiques entièrement mises en scène et doublées… Puis soudain… Retour à des personnages qui se parlent champ contre champ avec du texte à l’écran. Et là, en 2026, on prend un petit coup de vieux. Je comprends parfaitement la volonté de respecter l’œuvre originale. Mais si Nintendo était prêt à refaire certaines scènes entièrement, pourquoi ne pas être allé jusqu’au bout de la démarche ? Pourquoi conserver cette structure hybride ? On a parfois l’impression de jouer à un remake moderne…Puis, quelques secondes plus tard, de revenir brutalement en 1998. C’est assez étrange. Et surtout, cela donne une impression de compromis.


Et finalement, c’est peut-être là tout le problème. Ce remake a été pensé comme une porte d’entrée vers un classique. Et sur ce point, Nintendo a parfaitement réussi son pari. Mais il ne faut pas s’attendre à découvrir un nouveau Zelda. Vous allez découvrir Ocarina of Time. Avec ses qualités. Avec ses défauts. Avec ses donjons. Avec ses musiques. Avec ses personnages. Avec sa structure linéaire. Avec ses petites frustrations. Avec ses moments magiques. Et avec une aventure qui, malgré presque trente ans d’existence, conserve une efficacité assez impressionnante. Les donjons restent particulièrement solides. Certains passages sont toujours aussi mémorables. Le voyage entre les deux époques fonctionne toujours. La relation entre les différents objets, les capacités de Link et les environnements est toujours aussi bien pensée. Et surtout, le jeu possède toujours cette qualité assez rare, on comprend immédiatement pourquoi il a marqué son époque.

Mais est-ce que c’est encore un chef d’œuvre en 2026 ? C’est probablement la question la plus intéressante. Et ma réponse est… Oui. Mais avec des réserves. Ocarina of Time est un chef-d’œuvre historique. Ce n’est pas forcément un chef-d’œuvre moderne. La nuance est importante. En 1998, ce jeu était une révolution. En 2026, certains de ses choix paraissent presque archaïques. Sa structure est rigide. Son monde est relativement vide. Ses combats sont faciles. Son level design accuse parfois son âge. Sa narration reste extrêmement simple. Et son système de progression ne surprendra absolument personne ayant joué aux Zelda modernes. Mais malgré tout cela… il fonctionne encore. Et c’est probablement la plus grande victoire de ce remake.


Et finalement, si quelqu’un venait me voir aujourd’hui pour me demander :
« Je n’ai jamais fait Ocarina of Time. Quelle version dois-je faire ? »
Je lui répondrais sans hésiter :
celle-ci. La version Nintendo Switch 2. Oui, je peux critiquer sa direction artistique. Oui, je peux râler sur son mapping. Oui, je trouve Hyrule parfois désespérément vide. Oui, certains personnages secondaires sont franchement discutables. Oui, je trouve dommage que Nintendo conserve autant de dialogues textuels en 2026. Et oui, le jeu est beaucoup trop facile. Mais malgré tout… C’est la version la plus confortable. La plus jolie techniquement. La plus fluide. La mieux sonorisée. La plus accessible. Et surtout, elle permet de découvrir l’un des jeux les plus importants de l’histoire du jeu vidéo sans avoir à supporter les contraintes techniques des versions précédentes.


The Legend of Zelda: Ocarina of Time sur Nintendo Switch 2 est un remake paradoxal. Parce qu’il fait exactement ce qu’on attend de lui… sans jamais véritablement prendre de risques. Nintendo a reconstruit Ocarina of Time avec des graphismes modernes, une caméra plus confortable, une nouvelle bande-son, des voix françaises et quelques ajustements de gameplay. Mais sous cette nouvelle carrosserie, c’est toujours le jeu de 1998. Et c’est à la fois merveilleux et frustrant. Merveilleux parce que cette aventure reste incroyablement efficace. Frustrant parce qu’en 2026, Nintendo avait probablement l’occasion de faire beaucoup plus. Personnellement, je reste assez partagé sur sa direction artistique, qui ne me fait pas rêver comme celles de Wind Waker, Skyward Sword ou Breath of the Wild. Je trouve même certains designs franchement discutables. Mais une fois la manette en main… Ocarina of Time fonctionne. Encore. Vingt-huit ans après sa sortie. Et finalement, c’est peut-être ça le véritable exploit. Ce n’est plus la révolution qu’il représentait en 1998. Ce n’est plus le jeu qui redéfinit l’aventure en 3D. Mais c’est toujours une excellente aventure. Et si vous n’avez jamais fait Ocarina of Time, inutile de ressortir votre Nintendo 64 ou votre vieille 3DS. Faites cette version. Vous serez probablement dans vos chaussons. Et c’est peut-être justement le problème… Pour les anciens joueurs, on connaît déjà la maison. Pour les nouveaux, en revanche, c’est probablement la meilleure porte d’entrée possible. Un grand classique, mais pas forcément un grand remake…


Les Plus :
- Une aventure toujours aussi efficace
- Les donjons
- Une magnifique réorchestration
- 60fps constant
- Les cinématiques doublées en français
- Une caméra enfin modernisée
- La meilleure version pour découvrir le jeu aujourd’hui
Les Moins :
- Une direction artistique très discutable
- Certains designs de personnages franchement ratés
- Pas mal d’aliasing…
- Le gameplay d’Epona
- Des animations parfois datées
- La plaine d’Hyrule beaucoup trop vide
- Un mapping parfois peu pratique
- Une aventure devenue très facile
- Une structure qui accuse son âge
- Trop de dialogues textuels pour un remake de 2026
- L’absence d’un véritable mode de difficulté supérieur


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