J’en ai parlé dès les premiers jours sur X, avec beaucoup de légèreté et d’humour. D’ailleurs, ça m’a valu les foudres de certains, mais bon… c’est X. Que serait X sans les clashs, les insultes et les menaces de mort qu’on reçoit pour une simple opinion ? Internet, c’est Internet. La vraie vie, c’est la vraie vie. Et justement, c’est peut-être là que se situe le problème, on a parfois l’impression que certains sujets prennent une importance démesurée uniquement parce qu’ils deviennent des guerres de réseaux sociaux. Une annonce liée au jeu vidéo peut rapidement se transformer en affrontement idéologique, où chacun campe sur ses positions et oublie parfois de prendre un peu de recul.

L’annonce de Sony Interactive a fait énormément de bruit, à partir de janvier 2028, les futurs jeux PlayStation ne seront plus produits en version physique. Une décision qui marque la fin d’une époque. Depuis cinq générations de consoles PlayStation, le disque faisait partie du paysage. Forcément, voir disparaître ce support, ça fait quelque chose. Et je vais être clair, je comprends ceux qui sont déçus.
Je pense aux boutiques indépendantes, à Micromania et aux nombreux commerces spécialisés qui vont prendre cette décision de plein fouet. Je pense aussi aux petites bourses, à ceux qui achetaient leurs jeux d’occasion ou revendaient leurs anciens titres pour financer les suivants. Sans physique, ce modèle disparaît quasiment du jour au lendemain. Pour eux, c’est une vraie mauvaise nouvelle. Mais il faut aussi arrêter de faire semblant de tomber des nues.

Le dématérialisé explose depuis des années. Et le véritable tournant, c’est le Covid. Pendant les confinements, le jeu vidéo est devenu le loisir numéro un pour des millions de personnes. Les ventes ont explosé et Sony a eu un aperçu très concret de ce que pouvait représenter un marché presque entièrement numérique. À partir de là, la suite était presque écrite. Le full dématérialisé, c’est moins de dépenses. Plus besoin de fabriquer des disques, des boîtes, des jaquettes. Plus besoin de payer des usines de pressage, d’organiser la logistique mondiale, de remplir des palettes, d’expédier les jeux aux quatre coins du monde et de gérer toute la distribution physique. On peut débattre de l’écologie autant qu’on veut, parce que les serveurs qui alimentent le dématérialisé ne sont pas non plus des modèles pour la planète. En revanche, sur le plan financier, le calcul est évident. Et il faut rappeler une chose que beaucoup semblent oublier. PlayStation n’est pas votre ami. Sony Interactive est une entreprise. Son objectif n’est pas de vous faire plaisir. Son objectif est de gagner de l’argent, Point. Et lorsqu’une entreprise découvre qu’elle peut réduire énormément ses coûts tout en continuant à vendre ses jeux, elle ne réfléchit pas longtemps. C’est le capitalisme dans ce qu’il a de plus simple, l’argent appelle l’argent.

Est-ce que j’aurais préféré que Sony laisse le choix ? Oui.
Est-ce que je trouve dommage de perdre un privilège que nous avions depuis près de trente ans ? Oui aussi. Mais ce qui me fatigue, ce sont les réactions que je vois depuis un mois. Des hashtags, des appels au boycott, des vidéos YouTube à répétition, des TikTok, des menaces de ne plus allumer sa PlayStation pendant une semaine. Certains donnent l’impression qu’on leur a arraché une partie de leur identité. À un moment, il faut aussi savoir relativiser. Je comprends que les professionnels continuent d’en parler. Leur métier est directement menacé. Certains magasins fermeront probablement leurs portes à cause de cette évolution. Mais des joueurs qui postent vingt-cinq messages par jour sur X depuis un mois… sérieusement ? Si, trente jours après l’annonce, c’est encore votre unique sujet de conversation, c’est que votre vie est franchement paisible. Parce qu’on parle de jeux vidéo. Pas de la faim dans le monde, pas des guerres, pas de la pauvreté, pas des incendies qui ravagent des régions entières, pas d’une planète qui brûle sous nos yeux et des animaux qui meurent. On parle juste de jeux vidéo ! Et c’est précisément ce qui me dérange. Si j’avais vu les mêmes personnes se mobiliser avec autant d’énergie sur des sujets qui touchent réellement des vies humaines, je n’aurais rien dit. Mais voir certains transformer la disparition d’un disque en combat de leur existence, je trouve ça presque ridicule. On dirait des enfants à qui on a retiré une sucette. Des caprices de petits bourgeois qui passent leur temps à se regarder le nombril alors qu’il suffit d’ouvrir X ou d’allumer la télévision pour constater qu’il existe des milliers de problèmes infiniment plus graves. La vie est courte. Si vous cherchez un combat à mener, il y en a des centaines qui méritent bien plus votre énergie que celui-là.

Après, si cette annonce vous a vraiment touchés au plus profond de votre cœur, je le comprends. Chacun sa sensibilité, chacun sa vision des choses, et je l’accepte. En revanche, acceptez aussi les joueurs qui, comme moi, s’en battent les couilles. Au final, on est tous des joueurs, que l’on préfère le physique ou le dématérialisé. La base du sujet, c’est le jeu vidéo. C’est lui qui nous rassemble. Et puis, soyons honnêtes, personne ne vous empêche de continuer à acheter les milliers de jeux physiques déjà sortis. Vous ne les avez pas tous terminés. Personne ne les a tous terminés. Il y en a encore suffisamment pour jouer pendant des décennies.

Alors oui, c’est triste. Oui, c’est une mauvaise nouvelle pour les boutiques. Oui, les joueurs qui jouaient grâce au marché de l’occasion vont être pénalisés. Mais je pense sincèrement que Sony Interactive ne reviendra jamais en arrière. Ils perdront quelques joueurs, c’est certain. Mais ce qu’ils perdront en consommateurs, ils le récupéreront largement grâce aux économies gigantesques réalisées sur la fabrication, la logistique et la distribution. C’est regrettable. Mais c’est aussi la réalité d’une industrie qui privilégie désormais la rentabilité à la nostalgie. Et, qu’on l’accepte ou non, cette décision ressemble davantage au début d’une nouvelle norme qu’à une exception…

Depuis l’écriture de cet article, PlayStation a ENFIN pris la parole sur le sujet via le directeur financier de Sony, Lin Tao et elle a annoncé :

« Il y a diverses raisons pour lesquelles nous avons pris cette décision, la plus importante étant que la numérisation du contenu en général progresse, c’est le facteur majeur. Ce n’est pas seulement pour PlayStation, mais pour toutes sortes de contenus, la numérisation avance.

Et donc, quand nous pensons à l’avenir – et nous y avons beaucoup réfléchi et consacré du temps, et nous avons examiné cela avec prudence – et nous sommes arrivés à cette conclusion, et nous allons avancer cela avec prudence. Et concernant cette décision, nous avons reçu diverses opinions et les gens ont des vues très tranchées, et nous comprenons que la communauté nous a fait part de ces vues.

Les jeux sont aimés par beaucoup de gens. C’est une forme de divertissement qui est aimée par les gens, et elle est liée à des souvenirs tendres des gens dans de nombreux cas. Et donc nous comprenons ces émotions. Nous voulons en tenir compte. Et dans l’écosystème numérique de l’avenir, la manière dont nous engageons les joueurs est quelque chose que nous aimerions continuer à explorer. »

Bref, Sony ne reviendra pas sur sa décision, vous pouvez arrêtez votre combat en carton…euh en PLASTIQUE. #NoCDNoPLAYSTATION

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